Provocant le Pr. Stephen Salter. Ingénieur à l’université d’Edinburgh, il a travaillé sur plein de sujets : sur l’énergie, la prévention des inondations, sur la suppression des mines anti-personnelles… assez agé pour partir à la retraite, il s’accroche le bougre, surtout qu’il est le leader d’un grand projet.

J’étais cet après-midi à sa conférence, qu’il a produit dans à l’école de Géoscience sur le thème “what can be done if we cannot reduce CO2 quickly enough or at all ?”. Quand vous entrez dans la salle, ce sont les photos de Thatcher et Ben Laden qui vous acceuillent. Provoque disais-je.
En tout premier, une explication : “Les gens qui travaillent sur la géoingénierie ne souhaitent qu’une chose : qu’on ne se servent pas de leurs recherches. Mais si jamais, nous n’arrivons pas à réduire les émissions, il faut pouvoir être prêt”. Après une introduction comique que je n’ai pas vraiment saisie (Thatcher et Ben Laden étant les seuls “politiques” à faire monter la température ?…), on rentre dans le vif du sujet : le réchauffement climatique et les mauvaises évolutions actuelles.
Puis le principe : utiliser l’effet Twomey. Si on augmente par 2 le nombre de “seeds” (aérosols, c’est à dire poussières ou particules chimiques dans l’atmosphères), un nuage devient 5,78% “whiter” (plus blanc). Et donc il réfléchit plus de lumière, donc moins d’énergie arrive sur Terre. Pour un même volume d’eau, un nuage formé de petites gouttes réflechit plus la lumière qu’un nuage constitué de grosses gouttes.
Ok, faire des nuages pour moins de soleil, pourquoi pas. Et ensuite ? Ensuite, il faut trouver un moyen d’envoyer des “seeds” ; les calculs montrent qu’il n’y a pas besoin d’une quantité astronomique ; il y a un effet de démultiplication. Mais comment faire ?
Par bateau pardi ! Il faut en effet pouvoir envoyer les seeds aux endroits les plus efficaces, suivant les saisons (vers les pôles), donc il faut pouvoir être mobile. Il faut que le moyen soit “clean” et autonome (en énergie en particulier). Salter a donc imaginé un bateau “à voile”, assez simple pour pouvoir être piloté par ordinateur, c’est à dire sans voile… Et là encore, astucieux, il utilise un effet particulier, découvert par l’Allemand Flettner, au début du XXè siècle : une simple cheminée permet à un bateau d’avancer. Je n’ai rien compris au principe physique (si ce n’est qu’il y a une dépression créée, comme avec une voile normale), mais ca marche… Le principe a été oublié, pourtant, plusieurs bateaux fonctionnant avec cet effet ont existé (par exemple la Calypso II, de Cousteau, si je me souviens bien).

Il n’y a plus qu’à installer un système de diffusion d’eau de mer en très petites particules, qui passe au milieu de la cheminée, et le tour est joué ! Voilà à quoi pourraient ressembler ces bateaux -photos d’un documentaire réalisé par la BBC et également diffusé par France5 il y a quelques mois-.

Quelques centaines de bateaux suffiraient à avoir une action significative sur le climat planétaire, pourvu qu’ils soient situés aux endroits stratégiques. Pour finir son intervention Salter rappelle qu’il préfèrerait que ce genre de projet de voit jamais le jour… Pas si provocant que ca, en fait.
Cette solution de géoingénierie est la moins effayante parmis les quelques autres dont j’ai entendu parler (envoi massif de souffre dans l’atmosphère pour imiter une éruption volcanique, envoi de miroirs entre la Terre et le Soleil…). D’abord parce qu’elle est à échelle humaine. Ensuite et surtout, parce qu’à tout moment on peut décider de l’arrêter (la durée de vie d’une goutte de nuage dans l’atmophère est d’environ 3 jours max). Mais pour autant, il y a de fortes chances que de nombreux effets secondaires ne sont pas envisagés (modification du cycle hydrologique, comme l’a souligné mon prof de physique de l’atmosphère…).
Et la question de l’assitance la plus pertinente ne portait sur pas sur un caractère physique ou technique : “Puisque ces bateaux seraient en zones internationales, au niveau des Pôles et que les eaux de l’Arctiques sont actuellement sujets de discordes internationales, et puisque c’est l’ensemble du climat de la Terre qui est en jeu… qui décidera ?” Et la réponse fût évidente “Je ne sais pas, c’est sûrement un des problèmes majeurs…”