Les étudiants d’Edinburgh se mobilisent pour sanctionner Total de son action en Birmanie (qui soutient indirectement la junte au pouvoir). Les étudiants font pression sur l’administration pour que l’Université se désengage totalement du capital de Total (elle possède 16 640 actions).
Une autre campagne est menée actuellement par les étudiants, afin que la Royal Bank of Scotland mène une politique d’investissements plus écologique (la RBS est actuellement la banque qui accorde le plus facilement des fonds aux entreprises pétrolières afin d’exploiter de nouveaux gisements).
L’Université mène une politique générale d’investissements éthiques avec beaucoup de commerce équitable notamment.
Et dire qu’en France, notre ministre “d’ouverture”, humanitaire à ses heures, qui soutient le concept d’ingérence humanitaire, se couche devant l’intérêt financier franco-français… honte, honte.
Voir le l’article de la BBC : http://news.bbc.co.uk/1/hi/scotland/edinburgh_and_east/7082683.stm
Students criticise Burma oil link
Students have voted in favour of a motion calling on the University of Edinburgh to withdraw its investments in an oil company with links to Burma.
The university owns 16,640 shares in Total, which account for less than half of one per cent of its investment fund.
The motion was passed by 360 votes to three at the student AGM. They hope it will put pressure on the university to end its involvement with the firm.
The university insisted all its investments were socially responsible.
French energy giant Total is one of the biggest investors in Burma.
A spokesman for the Student Green Party, who put forward the motion, said they did not believe owning shares in Total was in line with the university’s ethical investment policy.
The University of Edinburgh’s investment committee and the university’s fund managers strictly adhere to a socially responsible investment policy
Edinburgh University spokesmanPast student AGM meetings have persuaded the university to embrace Fairtrade, to remove Robert Mugabe’s honorary degree and to disinvest from the arms company BAE Systems.
A university spokesman said: “The University of Edinburgh’s investment committee and the university’s fund managers strictly adhere to a socially responsible investment policy.
“The university has in place procedures to consider any matters that are raised and the university court’s approach is one of engagement with companies on ethical issues through our fund managers’ corporate governance unit.”
Total is the world’s fourth largest oil and gas firm.
In 2005, it agreed to pay compensation to Burmese villagers who claimed they were used as forced labour during the building of a major gas pipeline.
It denied it was aware that forced labour was directly or indirectly used in the project.
Plusieurs remarques:
Tout d’abord Bernard Kouchner connaît très bien le sujet puisqu’il avait été chargé en 2003 de diriger l’enquête qui devait déterminait si Total participait à la violation des droits de l’Homme.
Ce rapport avait d’ailleurs conclu par la négative tout comme les tribunaux français et belges concernés.
Ensuite, peut-être le plus important, l’Etat français doit veiller de manière extrêmement active à ce que les entreprises qui relèvent de sa nationalité respectent la loi et les lois. C’est une question de dignité nationale et de justice.
En revanche, à partir du moment où une entreprise, Total en l’occurence, respecte la loi, cette entreprise est et demeure privée c’est à dire détenue par des personnes individuelles (l’actionnaire particulier) ou morales (l’Université d’Edinbourg par exemple). Ces personnes sont propriétaires de l’entreprise et à ce titre ils ont la liberté d’investir et d’entreprendre.
Cette liberté d’investir et d’entreprendre doit être respectée à tout prix dans la limite de la loi.
L’Etat français n’a aucun pouvoir et n’a pas à en avoir pour restreindre cette liberté. Il peut tout au plus faire des recommandations et encore on peut se demander à quel titre.
Par CBM le novembre 23, 2007
à 2:16
Ce que tu oublies de préciser sur Kouchner, c’est que l’enquête qu’il a menée, c’est en tant que prestataire de la société BK Conseil qui avait été elle-même chargée d’établir un rapport par… Total ! Donc dans le genre indépendance, on fait mieux. Il est bien loin le Kouchner Médecin Sans Frontière…
D’ailleurs, rien qu’à la forme, ce rapport laisse dubitatif : 19 pages écrites en caractère 14, avec de grandes marges, avec une omniprésence du “Je” de majestée kouchnérienne, avec des titres superficiels au possible du style “ce que j’ai vu” “ce que je propose”… Dans le contenu, on croierait une ode à Total . Une seule phrase pour donner l’ambiance : alors qu’il présente les accusations contre Total Kouchner écrit “Total -malgré l’existence au sein de l’entreprise d’un strict code déontologique- se serait rendu coupable d’une sorte d’esclavage moderne et en particulier aurait utilisé des enfants pour accomplir diverses besognes”. Etre plus subjectif dans la présentation paraît difficile…
Ce rapport a fait l’objet d’une polémique importante. Il existe un rapport de la FIDH dont le son de cloche n’est pas du tout le même. Il existe des témoignages contradictoires, notamment de soldats Birmans qui relatent les liens entre leurs suppérieurs et les dirigeants de Total (publiés dans Libé).
Ensuite, concernant les enquêtes devant les tribunaux: en France en 2004, le parquet de Nanterre requere un non-lieu, la juge d’instruction d’alors s’y est opposé. On ne peut parler pas d’une décision sur le fond.
En Belgique, les plaintes déposées en 2002 n’ont pas abouti parce que jugées non recevables par la cours constitutionnelle, car les plaignants ne sont pas Belges. On ne peut pas parler d’une décision non plus. De plus, en octobre dernier, la justice Belge a annoncé la relance de l’instruction… donc tu vois, il y a quand même quelques questions à se poser.
Enfin, à moins d’être un légiste rigoriste à l’ouverture d’esprit limitée à une doctrine économique particulière, il n’est pas possible de soutenir que ‘du moment que la loi’ est respectée, tout est possible. D’un point de vue légal oui. D’un point de vue moral, éthique et humain, non.
Mais c’est vrai qu’étant dans un pays où le Président récompense par la plus haute distinction nationale ses propres amis parce qu’ils ont fait des profis (véridique), on voit mal comment ce même Président-gouvernement pourrait hausser le ton face à Total, qui est le fleuron national en terme de profits.
Tout ca pue (comme le pétrole et le gaz).
Par ToM le novembre 23, 2007
à 4:56
Et voilà un bel article démago et polémique comme il en manquait…
Tu n’as pas répondu à la question de fond:
En quoi l’Etat peut-il se mêler d’intérêts et de comportements privés qui n’enfreignent pas la loi?
Dans un Etat non soviétique et non autoritaire, la loi est la seule règle qui doive être appliquée par l’Etat… Imagine-t-on un Etat prendre des décisions “au nom de la morale” ? Ce serait grave.
Par CBM le novembre 24, 2007
à 11:56
Et qqes autres remarques en vrac:
- Les procureurs en France sont aussi des magistrats donc indépendants
- A fortiori, aucune enquête n’ayant conclu à un procès ou à tout le moins à la production de faits objectifs, avérés et crédibles, la présomption d’innocence s’applique aussi aux entreprises… On sait à quel point les rumeurs, les diffamations et les “on sait tous que” peuvent faire des ravages… Et c’est injuste.
- Quant à Nicolas Sarkozy, il y aurait bien que toi et quelques anti-libéraux anti-modernes pour s’offusquer de ce qu’un Etat récompense ceux qui font tourner son économie… AREVA arrive à imposer à la Chine un contrat de 7 milliards d’Euro en Euro (et pas en US$) ça mérite bien une médaille non?
De nombreux politiques (de gauche comme de droite y compris des Ministres de la République) se sont offusqués à titre individuel de ce que TOTAL ait investi en Birmanie. On peut le faire à titre individuel, je le regrette aussi, néanmoins comme dit précedemment TOTAL est une personne privée et est et doit demeurer libre.
Toute atteinte de cette liberté d’entreprendre devant être basée sur une loi générale et abstraite.
Et cette règle ne saurait souffrir d’exception. C’est peut-être du légalisme qui te semble insoutenable… en ce qui me concerne c’est la défense stricte de l’Etat de droit.
Par CBM le novembre 24, 2007
à 12:03
-Si les lois pouvaient régler tous les problèmes, il y a longtemps que tout irait bien en France, championne de l’inflation législative.
-Si les lois étaient le gage d’une société démocratique, alors le IIIè Reich aurait été la démocracie incarnée. Pour autant, je n’ai jamais contesté la nécessité d’un Etat de droit et de l’existence de loi (cf. la suite de la réponse) ; j’estime juste qu’on ne peut pas se suffir des lois dans un Etat de droit pour dire “circulez y a rien à voir”. Même, pour un ministre.
-Mais même sans aller si loin, ce que je reproche à Kouchner c’est bien de défendre publiquement Total plutot que de demander la transparence, avec une enquête indépendante par exemple : menée par des ONG ou des institutions internationales ou la justice française (pas une société payée pour donner de bons résultats). Et c’est d’ailleurs ce que tu sembles suggérer lorsque tu dis que : “l’Etat français doit veiller de manière extrêmement active à ce que les entreprises qui relèvent de sa nationalité respectent la loi et les lois.” En rappellant que les droits de l’Homme sont au sommet de la pyramide législative. Non ?
Je ne lui reproche pas de ne pas avoir sorti une loi taillée sur mesure (ou faussement générale)…
Je dis simplement que le “respect de la loi” est loin d’être prouvé (et comme dit précédemment, cette condition remplie, ce ne serait de toute façon pas suffisant pour ne pas s’inquiéter du comportement de Total).
-Je ne contestais pas la présomption d’innocence, je précisais tes propos “le rapport a conclu par la négative, tout comme les tribunaux” qui laissaient entendre que la polémique est sans fondement et qu’il n’y a pas lieu de se poser des question. Ce qui est un mensonge par omission, en l’état actuel des choses.
-Ah non ! je ne me félicite pas qu’Areva arrive à signer des contrats, même payés en Euros ! Désolé ! -mais voilà un vaste sujet auquel je ne réponds pas maintenant car s’éloignant bien du sujet initial-
-Quant aux profits, oui je conteste la légitimité d’en faire plus de 10 milliards. Pour de multiples raisons (morales, économiques, environnementales, sociales…). -autre vaste sujet-
-quant à l’accusation de démagogie, je te la renvoie directement “il y aurait bien que toi et quelques anti-libéraux anti-modernes…” (moi qui croyais que depuis la 1ère guerre mondiale, la notion de “modernité” était acceptée comme un tant soi peu relative, visiblement ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et en plus, je ne suis pas anti libéral, car je chérie la liberté…).
Par ToM le novembre 24, 2007
à 1:05
Quelle liberté?
Tu contestes la liberté majeure qu’est la liberté d’investissement!
Tant que Total n’a pas été condamné pour violation des droits de l’Homme, la polémique n’a pas à exister!
Quant à l’objectivité des ONG on sait souvent qu’elles ont tendance à exagérer pour se faire entendre ou simplement pour survivre. Mais passons.
On ne détruit pas une entreprise, les emplois de millions de personnes et l’équilibre économique d’un pays sur des suspicions.
Quant aux lois, c’est à force de dire aux gens qu’il ne sert à rien de la respecter et que chacun peut la dépasser en bloquant des facs, fauchant des OGM ou en enlevant des enfants tchadiens pourvu que ce soit au nom d’une noble cause.
Méfions d’une noble cause et sachons raison garder.
Enfin cela est une polémique qui me semble bien faible puisqu’il n’y a pas longtemps à creuser pour voir que cette “affaire” est en fait une tentative de plus pour s’attaquer aux multinationales et pour vouloir abattre les profits de ces entreprises. Mais ça c’est un problème idéologique qu’une fraction de la population a avec les entreprises en général (fraction sur-représentée dans les ONG et ce que tu appelles les organismes indépendants ceci dit) et ça n’a rien à voir avec les droits de l’Homme.
Par CBM le novembre 24, 2007
à 4:23
La liberté ce n’est pas le droit de tout faire… Et ce n’est pas non plus le droit de faire que ce qui est légal…
Je ne consteste pas ici la liberté d’inverstir (qui n’est majeure que pour ceux qui ont la possibilité d’investir, au passage). Je conteste le fait qu’un ministre au pouvoir défende une firme soupconnée de violation des Droits de l’Homme, et n’aille pas dans le sens de la transparente. (je savais que tu allais répondre ca sur les ONG, c’est bien pour cela que j’ai précisé : organisations internationales ou justice française)
Le déséquilibre économique d’un pays ? tu rigoles ! L’ouvrage en question emploit 270 personnes…
Quant aux lois, personnes ne dit qu’il ne faut pas les respecter en régle général… mais par contre, je dis qu’il y a des fois où il est du devoir des citoyens de les enfreindre et de faire en sorte qu’elles changent, car il est des lois fort injustes ou injustifiables. Et je crois que je n’invente rien là encore !
Enfin, je crois que ton dernier paragraphe est un argument d’autorité “il n’y a pas longtemps à creuser pour voir que…”.
Par ToM le novembre 24, 2007
à 6:23
Il suffit de lire ton avant dernier post!
Par CBM le novembre 26, 2007
à 1:07