Publié par : ToM | novembre 9, 2007

“Valeur environnementale” et conséquences

Longue réaction à un article de Jonathan Morice au sujet des compensations carbone. J’y apporte quelques commentaires et divergences de point de vue, et, emporté par l’élan, j’y expose quelques idées, peut-être un peu provocantes.

Je souhaite réagir à l’article sur les compensations d’émissions de GES, écrit par Jonathan, avec qui j’ai eu le plaisir de travailler sur le sujet (dans le cadre d’écocampus qu’il a cité dans son article). Je ne suis pas d’accord avec certains points et je souhaite pousser un peu plus loin la réflexion. Je m’en tiens à des considérations d’ordre général, et ne rentre pas dans l’actualité (politique gouvernementale…).

Tout d’abord, je voudrais rentrer un peu plus précisément dans ce que dit le protocole de Kyoto afin de préparer la suite de la réponse. Le protocole met en place deux types de mécanismes différents. Le premier type consiste l’instauration de permis d’émissions échangeables dans les pays qui ont un objectif chiffré de réduction de leurs émissions (-5,8% mondialement, par rapport à 1990). Le second est composé des Mécanismes de Développement Propres et mécanismes de Mise en Œuvre Conjointe (MDP et MOC) qui permettent à des entreprises d’acquérir autant de permis supplémentaires que seront économisées les émissions de tonnes de GES dans un pays qui n’est pas soumis à objectif chiffré. Ces deux principes sont distincts, bien que se rejoignant partiellement.

Examinons d’abord les permis d’émissions. L’idée est simple : il faut réduire nos émissions et se fixer des objectifs chiffrés pour cela. Comment les Etats peuvent-ils faire pressions sur les entreprises privées pour qu’elles se préoccupent de quelque chose qui a toujours été libre (et gratuit) jusqu’à présent ? La solution est évidente : réglementer (« on vous interdit d’émettre plus que X tonnes équivalent CO2, sous peine de sanction »). Eh c’est bien ce que fait le protocole de Kyoto : il impose des objectifs contraignants (sous peine de sanctions) aux Etats qui les répercutent de facto sur leurs agents économiques. Mais une dimension supplémentaire est apportée à la simple réglementation : le droit d’échanger les permis. Pourquoi ? Pour plus de flexibilité, pour que les quotas soient alloués là où ils sont nécessaires. Le nombre de permis ne change pas (on a toujours la contrainte réglementaire chiffrée), l’efficacité environnementale reste la même, mais on réduit le coût économique et social d’une mesure qui serait sinon assez rigide et soudaine.

Qu’en est-il des MDP et MOC ? Plus brièvement, ils permettent d’abord d’inclure les pays non soumis à objectifs chiffrés dans la politique mondiale de réduction des émissions par un l’incitation au transfert de technologie… et selon toujours le même principe qu’il ne doit pas y avoir plus d’émissions que la prévision chiffrée (puisque les permis supplémentaires correspondent à des émissions en moins dans les pays du Sud).

Venons-en aux « compensations ». On peut les définir comme le fait Jonathan : « Lorsque des émissions sont considérées comme incompressibles, ou que le coût de leur réduction est supérieur à celui qui est attribué à la tonne de carbone à un moment donné, il est possible de respecter ses engagements de diminution en finançant les réductions d’émissions de GES là où elles sont moins chères et où les financements se font rares: dans le Sud ». A deux nuances importantes près : les compensations « par projets » (c’est à dire des programmes concrets qui permettent les réductions d’émissions) ne s’effectuent pas toutes dans les pays du Sud. Hormis le fait que les MOC s’effectuent dans les pays de l’Est et non du Sud (mais là c’est jouer sur les mots), il est surtout à noter que les systèmes de compensations volontaires aux Etats-Unis financent des projets de réduction des émissions… aux Etats-Unis ! Et comme Jonathan le dit plus loin, les compensations peuvent se faire également sur le marché des permis (simples annulations de permis), donc pas non plus dans le Sud. La seconde nuance porte sur le caractère « moins cher » des compensations : ceci est faux pour tous les acteurs qui ne sont pas soumis à quotas chiffrés (la majorité de l’économie), lorsqu’ils compensent volontairement, donc « pour plus cher » ! Les compensations permettent une action environnementale d’acteurs non contraints, et parfois une action qui s’ajoute aux objectifs officiels. Par exemple, le travail qu’effectuent des ONG telles CO2 Solidaire ou Action Carbone n’est pas inscrit dans le protocole de Kyoto, c’est un surplus, tout bénéf (mais il ne faut pas se leurrer, elles restent marginales). –Une remarque au passage : je crois que les actions des ONG visent généralement à prévenir la déforestation plutôt qu’à planter de nouvelles forêts -.

Cependant, je ne suis pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle : « En fait, les compensations semblent même mieux adaptées si elles sont volontaires et effectuées par des individus qui font déjà tout leur possible pour réduire au maximum leurs émissions de GES ». Comme je l’expliquais au début, ce qu’on appelle « compensation » n’est jamais que l’application de la réglementation contraignante issue du protocole de Kyoto. Les mécanismes de flexibilité permettent seulement de répartir l’effort sur une base plus large de la société, et ainsi d’inclure des acteurs qui ne l’auraient pas été sinon. Donc, c’est bien uniquement parce que des acteurs sont contraints que les compensations ont un intérêt ; c’est à eux qu’elles sont le mieux adaptées !

Un rapide commentaire sur le prix de la tonne de carbone… Effectivement il y a des fortes variations suivant les endroits, mais c’est normal ! L’application de l’idée est encore toute récente, il faut un peu de temps. Surtout qu’on a encore du mal à estimer le « coût social monétaire » d’une tonne (entre 15 et 100$ probablement). En complément de l’information sur le prix de la tonne sur les marchés du PNAQ 2005-07 (effectivement ridicule, pour de multiples raisons), il faut préciser le prix sur le marché de la période 2008-12 ! Lui n’est en rien ridicule, puisqu’à plus de 20€. Les entreprises sont clairement incitées à investir…

J’en profite pour faire part d’un commentaire. Je crois que, contrairement à ce qui est souvent affirmé, les marchés de permis d’émissions marquent le retour de la puissance publique dans le contrôle de l’économie. En effet, hormis quelques commissions de contrôles de marchés à caractère judiciaire, les Etats n’ont actuellement pas de moyens d’intervenir sur le fonctionnement du marché, qui vit par lui-même et pour lui-même. Avec les marchés des permis d’émissions, il en va tout autrement. Le marché ne peut exister sans l’intervention des pouvoirs publics (Etats ou organisation super étatique), car les attributions de permis d’émissions ne sont pas naturelles. Elles sont réalisées en toute conscience raisonnée (normalement) par les Etats, qui agissent directement en fonction de l’environnement (puisque c’est lui qui, in fine, fixe les exigences de régulations). C’est donc un retour en force des pouvoirs publics dans la sphère financière : ce type de marché est une marmite, sur laquelle les Etats peuvent poser un couvercle et régler la puissance du feu qui la chauffe (tandis que les marchés traditionnels sont des marmites qu’aucune force extérieure ne régule et qui peuvent déborder au point d’éteindre le feu qui les alimente…). Alors bien sûr, la spéculation est toujours de mise sur ces nouveaux marchés. Mais comme sur n’importe quel autre, il faudrait introduire un peu de rigidité pour limiter la fluidité des échanges, et donc la spéculations négative.

Mais revenons-en aux compensations et allons plus loin. « Les compensations volontaires (…) nous préservent de scénario bien plus noir, où chacun aurait sa carte carbone pour organiser le grand rationnement ». Pour moi c’est l’inverse. Les compensations nous y amèneront et c’est souhaitable ! J’y place même un très grand espoir, qui dépasse le simple enjeu environnemental.

D’abord, il faut que tous les pans de la société soient inclus dans le processus de réductions. Il n’y a pas de raisons que seules certaines parties de l’économie y soient contraintes. En toute logique, le principe des quotas devrait s’appliquer partout. Si ça n’a pas été le cas jusqu’à présent, je crois que c’est parce qu’il faut bien commencer quelque part ! Et le plus simple est de contrôler les agents économiques à hautes émissions concentrées (métallurgie, énergie, cimenterie…). Si maintenant on accepte l’idée que toute activité économique et sociale doit inclure le coût environnemental, la question suivante est de savoir à quel niveau de la société on applique ces restrictions : au niveau de la production ? de la consommation ? entre les deux ? A vrai dire, je ne vois pas trop la différence, puisque le coût se répercutera de toute façon sur tous les agents économiques (en début ou en bout de chaîne). Mais ce point est discutable.

Comme Jonathan le dit en conclusion « les compensations sont bien une nouvelle devise ». Oui, effectivement… et la monnaie est bien possédée par le citoyen de la rue. Imaginons donc le scénario selon lequel ce soient les citoyens qui sont chargés d’incorporer le coût environnemental (et non les entreprises comme dans le système actuel). Au lieu de parler de compensations ou de prix du carbone, on peut voir plus loin et parler de « valeur environnementale » (on peut penser intégrer à terme d’autres critères d’évaluation que les émissions des GES). La « monnaie » (je parle ici de celle qu’on connaît : l’euro, le dollar…) existe car social et économie en ont eu besoin dans le passé (« intermédiaire des échanges », « rôle d’épargne » etc.). L’environnement a été oublié, car considéré comme ressource infinie. Nous savons désormais que ce n’est pas vrai et qu’il faut arriver à le réintroduire dans notre quotidien. Introduire une « valeur environnementale » se plaçant au même niveau qu’une valeur monétaire, c’est réunir économique, social et environnemental. En bref, c’est concrétiser le développement durable.

C’est également une occasion inespérée de remettre en question de nombreux équilibres mondiaux, qui ont été instaurés par le social et l’économie et dont la monnaie est l’instrument de régulation actuel. Equilibres constitués d’injustices indéfendables. Oui, on peut imaginer réduction des inégalités sociales, grâce à une nouvelle « valeur environnementale ». Par exemple, imaginez que tous les citoyens se partagent à égalité la ressource nationale environnementale. Riches ou pauvres en monnaie, tous à égalité en « valeur environnementale ». Je ne vois effectivement pas sous quel prétexte idéologique ou moral (mérite ? travail ? études ?…), on pourrait autoriser certains à dégrader l’environnement plus que d’autres… Il nous faut en revenir au fondamental : nous sommes tous les mêmes face à la nature. On me fera ensuite le reproche immédiat : ‘mais dans ce cas, la monnaie ne sert plus à rien !’. D’abord si, chacun serait toujours libre de faire ses choix d’achats selon les critères économiques et sociaux actuels (il n’y a pas de corrélation directe entre le caractère luxueux d’un bien et son impact environnemental). Ensuite, on peut imaginer un système de flexibilité entre monnaie et valeur environnementale (selon ce qui existe actuellement : « monétarisation » de la tonne de carbone). On pourrait acheter et vendre des valeurs environnementales en utilisant la monnaie. Dans ce cas, soit on choisit le système traditionnel du marché (et cela constituerait une nouvelle forme de redistribution monétaire). Soit on innove encore. Par exemple, en faisant en sorte que les pouvoirs publics vendent la « valeur environnementale » et que son prix soit en fonction du pouvoir d’achat monétaire (il suffit d’un nouvel indice, qui reflète la valeur absolue du pouvoir d’achat). Vous voulez acheter une valeur environnementale en plus ? Cela vous coûtera 1% de votre pouvoir d’achat monétaire, soit 4€ pour un détenteur de RMI, 400€ pour une personne riche. (Et on prendrait bien sûr en considération qu’un Euro pour un pauvre ne signifie pas la même chose que pour un riche : une fois qu’on a mangé et qu’on est logé, ce qui reste c’est du surplus moins utile…).

Maintenant regardons au plan international. Chaque pays serait doté d’un capital de « valeurs environnementales » évalué en fonction de son patrimoine naturel actuel et de son poids dans l’action passée de l’humanité sur l’environnement. On assisterait alors à une redéfinition totale des richesses dans le monde. L’Occident aurait la monnaie (comme aujourd’hui) mais fort peu de « valeurs environnementales » du fait de sa responsabilité historique dans la dégradation de l’environnement et de l’état de ses ressources naturelles actuelles. En revanche, les Pays en développement seraient riches de valeurs environnementales (ressources naturelles importantes pour certains et irresponsabilités historiques dans la plupart des dégradations de l’environnement). Et voilà dessiné, en quelques lignes, les bases d’un nouvel équilibre mondial, qui reposerait sur des éléments concrets (pas sur une idéologie de lutte de classes ou de liberté d’action), qui ne donnerait pas un rôle prééminent à l’Etat ou au Marché et qui permettrait justice sociale, efficacité économique, conscience environnementale pour une développement vraiment durable.

Bien sûr, je vais très loin, en toute superficialité, et les idées relèvent plus du fantasme que de l’envisageable… Mais nous devons imaginer, inventer. C’est notre rôle, face au tournant de l’histoire que nous vivons. L’environnement considéré au même plan que le social et l’économique permet d’envisager l’avenir avec de grands espoirs. Tout est à construire, tout est envisageable.

Les compensations carbone : indulgences, assignats ou nouvelles devises ? par Jonathan Morice, publié sur ecopolit.eu, 9. nov. 07.

C’est une idée d’article qui me trotte dans la tête depuis que je suis au courant d’un des “mécanismes de flexibilité” du protocole de Kyoto : le financement de “mécanismes de développement propres” (MDP) pour compenser ses propres émissions de gaz à effet de serre (GES). L’idée est, sur le plan technique, assez simple. Lorsque des émissions sont considérées comme incompressibles, ou que le coût de leur réduction est supérieur à celui qui est attribué à la tonne de carbone à un moment donné, il est possible de respecter ses engagements de diminution en finançant les réductions d’émissions de GES là où elles sont moins chères et où les financements se font rares: dans le Sud. Manière d’impliquer les pays en développement dans le processus sans leur faire porter le fardeau d’une dette écologique que nous avons vis-à-vis d’eux (estimée pour la France à 11 milliards selon Pascal Canfin de la commission économie des Verts).

 

Je n’ai aucun a priori contre ce système, et j’ai moi-même compensé quelques voyages de diverses manières, y compris en annulant des quotas sur le marché des permis d’émissions français, réservé jusque ici aux industries. Avec plusieurs membres d’Écopolit, nous avons même encouragé nos petits camarades à le faire. Dans notre esprit cependant, la priorité a toujours été à la réduction, et non à la compensation des émissions pour se donner bonne conscience à bas prix. Sans être luthérien, calviniste ni même janséniste (ni jésuite d’ailleurs), je me pose toutefois la question de savoir si des hommes et femmes politiques ne seraient pas en train de dévoyer ce système.

Tout l’enjeu de la question est de savoir si les MDP sont une invention du seizième siècle (indulgences papales), du dix-huitième siècle (assignats qui “financent” la révolution) ou des temps modernes (nouvelle devise universelle).

Ségolène Royal, lorsqu’elle faisait son Paris-Melle en avion, était très fière de dire que tout était compensé. C’était nouveau, c’était frais, Yann-Arthus Bertrand le fait aussi pour photographier le coeur du monde en Nouvelle-Calédonie, passons.

Jean-Louis Borloo qui avait effectué 7000 km et émis des milliers de tonnes de dyoxide de carbone pour aller constater que la banquise fond au Groenland (cf. notre article sur le glacier Kangerlua, “dernière destination à la mode”) s’est sans doute souvenu du ridicule dont il avait été couvert par les écologistes à l’issue de ce voyage lorsqu’il avait annoncé que tout serait compensé grâce à des MDP au Mexique.

C’est sans doute la raison pour laquelle il a demandé à Nathalie-Kocsiusko Morizet, sa secrétaire d’État à l’écologie, qui était au Bénélux pour le Conseil, de prendre le ferry pour traverser la méditerranée vers la Corse, où s’est tenu le second conseil des ministres “déconcentré” (et non délocalisé, car c’est toujours le même marteau qui frappe, même si le manche se balade à travers le territoire) de l’ère Sarkozy. Selon les révélations de rue89 “NKM” a refusé de sacrifier sa nuit à une nouvelle opération de comm’ alors même que l’opération de comm’ présidentielle impliquait de toute façon l’émission de 2000 tonnes de CO2.

Il y a donc indéniablement des points communs avec des “Indulgences” dans la mesure ou cela permet de faire n’importe quoi en se justifiant. D’ailleurs, un site parodie avec humour ce système: après “polluez de façon neutre”, pourquoi pas “trompez votre moitié en toute neutralité” ? Il suffit de payer quelqu’un pour être fidèle (ou célibataire) à votre place ! Des points pour la thèse selon laquelle les MDP nous sortent tout droit du moyen-âge, et qu’il serait temps de passer à la Renaissance ou au moins à la Réforme.

Un soupçon plus grave encore que cette accusation morale pèse sur les MDP : n’est-ce pas de la monnaie de singe ? Ne sommes nous pas de pauvres révolutionnaires qui faisons appel à la planche à billets des assignats pour masquer notre impuissance à lever l’impôt ?

Il y a de quoi s’interroger en effet. Une tonne de carbone = 3,67 tonnes de CO2 = 100 euros selon les circulaires officielles pour les évaluations de l’intérêt socio-économique des projets, mais seulement 0,1 € sur le marché français dans le cadre du Plan national d’allocation des quotas (PNAQ) 2005-2007. La faute à une surrévaluation des besoins des entreprises par le gouvernement, et à la limitation dans le temps du processus. Rien qui ne remette fondamentalement en cause le principe de ces marchés encadrés : si la France n’avait pas attribué tous ces quotas gratuitement (alors que beaucoup de nos voisins les mettent aux enchères, par exemple en Allemagne pour financer 400 millions d’euros du programme en vue d’une réduction de 40% des émissions de GES d’ici 2020), l’incitation à la réduction aurait été réelle.

Il est tentant de se moquer des écarts de prix entre les différents organismes qui proposent de financer des MDP : près de 25 € par tonne de CO2 (90 € la tonne de carbone) pour CO2 solidaire et seulement 15 € par tonne de CO2 pour Action Carbone.

Ne nous moquons pas trop vite, cependant. Polluer a toujours été gratuit, et même payant. C’est donc un progrès que polluer ait un coût, même s’il est encore trop faible et trop variable dans le temps et dans l’espace pour envoyer un signal prix clair aux acteurs économiques. Par ailleurs, il est moins absurde de payer des pays qui le demandent pour qu’ils préservent leur “puits de carbone” (par exemple la ressource forestière en Equateur ou au Cambodge) que de les encourager à les détruire en les exemptant du protocole de Kyoto tout en replantant des forêts aux États-Unis ou en Europe !

Les compensations volontaires (et de manière générale toutes les actions entreprises aujourd’hui de manière libre, démocratique, dans un souci de juste répartition du fardeau entre les couches sociales, entre les pays et entre les générations) nous préservent de scénario bien plus noirs, où chacun aurait sa carte carbone pour organiser le grand rationnement.

C’est en effet un excellent prétexte pour parler de l’influence de chacun, de chaque action ou organisation humaine sur le réchauffement climatique, un vecteur de conscientisation qui évite “l’écologie de la culpabilisation” tout en reposant sur un sentiment de culpabilité bien réel. En fait, les compensations semblent même mieux adaptées si elles sont volontaires et effectuées par des individus qui font déjà tout leur possible pour réduire au maximum leurs émissions de GES, que lorsqu’elles sont autorisées pour les entreprises qui réduisent ainsi leurs coûts de mise en conformité avec le protocle de Kyoto. Un individu (ne serait-ce que parce qu’il respire et qu’il mange) ne peut pas ne pas émettre de CO2 (alors qu’il est possible au moins en théorie d’être fidèle en amour) et en revanche il serait moins coûteux pour la société que certaines entreprises se reconvertissent en changeant tout simplement de coeur de métier.

En conclusion, les compensations carbone sont bien une nouvelle devise mais à deux volets: côté face, compensons, côté pile, réduisons. “La monnaie est l’équivalent universel”, disait Marx. Dans ces conditions, “la compensation carbone” ne deviendra-t-elle pas, à terme, la nouvelle monnaie mondiale de référence, en lieu et place du défunt bancor et des droits de tirages spéciaux ?


Réponses

  1. [...] La suite est à lire sur ToM’s Weblog : “Valeur environnementale” et conséquences. [...]

  2. L’idée peut être séduisante de donner à chaque citoyen du monde un “crédit” environnemental que chacun serait libre de revendre (si par exemple cela peut lui permettre de vivre mieux ou de vivre tout court) ou de grossir (si il en a les moyens et les besoins).
    Plusieurs remarques néanmoins:
    1. ça serait un frein considérable au développement des pays pauvres puisqu’on le sait le développement a un coût environnemental et dans cette hypothèse les crédits servant à se développement seraient immédiatement transférées aux pays développées sans que cela ne rapporte énormément aux citoyens car on le voit bien, à l’échelle individuelle, les sommes sont assez minimes.
    2. c’est d’une utopie égalitariste que l’on n’avait plus entendue depuis quelques décennies… L’égalité quantitative de crédit environnemental entre tous les citoyens du monde serait une erreur monstrueuse car grosso modo: les citoyens de pays développés se retrouveraient entravés à un point monumentale et les plus touchés seraient les populations modestes de ces pays développées (population qui n’aurait pas ou peu les moyens d’être des acheteurs compétitifs. Mais pire, les citoyens des pays en développement se retouveraient avec un très fort “droit à polluer” ce qui serait catastrophique.
    Ce sur quoi il faut réfléchir c’est sur la capacité environnementale de chacun d’entre nous.
    Quant au projet de faire des coûts progressifs en fonction d’une part des revenus, d’autre part des pays, on voit bien que c’est une usine à gaz (sans mauvais jeu de mot) gigantesque qui serait un frein considérable pour notre économie. En gros, un tarif individuel.
    Le système par Etat est d’une part plus fiable et d’autre part plus réaliste dans le sens où seuls les Etats ont pour mission de prendre en compte l’intérêt général et c’est ensuite à l’intérieur de chacun des Etats que le débat démocratique et le politique doivent conduire à des réflexions sur ces sujets.

    Et mon petit Tom tu as oublié dans ta conclusion, “Ensemble tout devient possible”.

  3. 1. D’abord, rien ne dit qu’il y aurait transfert direct du sud vers le nord, et ensuite s’il y a, que les retombées ne soient pas positives. C’est un peu difficile de juger si rapidement ! Mais surtout, oui, le développement que nous avons connu a entrainé un coup environnemental “nécessaire”. Mais c’est justement ce qu’il faut éviter ! Il faut arriver à faire en sorte que les PMA se développent, sans passer par la case “économie industrielle”, “économie de consommation matérielle de masse”. Car refaire la même chose que ce nous avons fait en Occident serait une catastrophe écologique (et probablement impossible de toute facon, par manque de ressources naturelles).
    Donc l’argument du “faut pas les brider, ils se développent n’est pas valable”. Il faut se développer, mais autrement, en prennant en compte l’environnement.
    2. concernant les “très fort droit à polluer des plus pauvres”, ce qui serait “pire”… tu te contredis directement avec ton premier point, selon lequel il faut laisser la possibilité de polluer aux plus pauvres.
    C’est justement pour éviter cette situaiton que j’ai proposé la solution précedente. Car les droits à polluer individuels seraient attribués de telle sorte que la masse globale soit soutenable pour l’humanité (on peut calibrer ca assez facilement désormais). Ce système vise justement à maitriser l’impact mondial du développement et du fonctionnement économique, pas l’inverse ! Ca, c’est le point de départ.
    Ensuite, il s’agit de savoir de quelle manière on répartit les droits d’émettre. Soit on en donne peu à ceux qui polluent peu et beaucoup à ceux qui polluent déjà… mais ca empechera le développement des plus pauvres et créeraient des injustices indéfendables. Soit on donne plus à ceux qui n’ont pas polluer jusqu’à présent (les pauvres) et moins à ceux qui ont bcp pollué (qui ont déjà bcp utilisé leur “capital de pollution” cf. la responsabilité historique en matières d’émissions de GES)… mais là ca oblige à destabiliser complètement l’économie actuelle en bridant plus ce qui est moderne et moins ce qui l’est moins.
    Soit on décide de donner à égalité : les plus riches font un effort majeur pour revenir à qqch de soutenable, les plus pauvres sont une marge de progression pour le développement économique, mais ils connaissent la limite et donc doivent s’y préparer. Voilà pouquoi je parle d’égalité de l’attribution des permis. D’ailleurs, quel est l’objectif français en termes de GES ? le facteur 4 d’ici 2050. Pourquoi le facteur 4 ? Simplement parce qu’alors nous aurons atteint le taux d’émissions par individu soutenable dans le monde, si tout les humains émettent la même chose… c’est pas moi qui l’invente ! Et je me félicite que des gens de droite soutiennent cet objectif, et ne se réfugient pas derrière le spectre du “idéologie qu’on n’a pas entendue depuis quelques décennies”.

    De plus, je ne vois pas en quoi l’idée d’égalité serait plus idéologique que l’idée d’inégalité !… A partir du moment où on crée un système, il faut choisir la répartition… égalité ou inégalité, il y a aura choix !

    Quant à l’objection vis à vis du prix individuel, “l’usine à gaz” prétendue est fausse, avec les moyens informatiques dontnous disposons. Je crois que l’Etat francais dispose de tous les revenus des Francais et que l’imposition est individualisée, non ? Si c’est l’Etat qui est le garant des ventes de permis supplémentaires, il peut très bien faire des prix individualisés, sans problème.

    Non le système des Etats n’est pas le plus fiable. Regarde ce qu’il se passe à présent pour Kyoto par exemple (cf. les positions des USA/Canada/Australie/Russie/Brésil qui sont chacune révélatrice d’une facon de penser, renfermée sur l’interêt de la nation, du groupe).

    Oui, ensemble tout est possible. Mais pas ensemble, à droite en France. Ni ensemble en France. Ni ensemble en Europe… c’est ensemble dans le monde.

  4. L’hypothèse de base de ton raisonnement est qu’on puisse arriver à développer les PMA tout en restreignant la croissance de nos sociétés développées alors que tout porte à croire que le développement est justement tiré vers le haut par les pays développés.

    Quant à cette notion de responsabilité historique, il y aurait beaucoup à dire. Je ne vais pas utiliser l’idée de repentance ça serait connoté mais à tout le moins d’auto-culpabilisation du style “payons maintenant les erreurs du passé”.
    Il serait tout de même piquant que des Nations soient entravées dans leur développement pour la simple raison qu’ils ont commis des erreurs alors même qu’à l’époque où elles ont été commises, personne n’en soupçonnait la teneur.
    Ce serait aussi absurde que de mettre quelqu’un en prison pour avoir fait quelque chose qui n’était pas interdit au moment où il l’a fait.

    Mais passons, il est d’une grande évidence que si un crédit carbone devait être mis en place, l’égalité immédiate serait synonyme de mort immédiate de notre économie. Parce que nous n’avons pas tous les même besoin c’est d’une évidence absolue.
    Rappelle-toi l’histoire des réseaux d’eau en Belgique avec la dotation égale pour tous et les conséquences.
    Si un tel crédit devait être imposé (rappellons tout de même que ça reste pour l’instant et les 10 ans à venir d’une utopie folle), il faudrait plutôt s’orienter sur une dotation en fonction des revenus: et ce n’est pas de dire “plus on est riche plus on a le droit de polluer” c’est de dire “plus on est riche, plus le volume de pollution nécessaire à notre vie est fort”.
    Avec ta solution, cela reviendrait tout simplement à abolir définitivement les voyages en avion puisqu’un aller retour Paris-New-York dépasserait, à mon avis, le quota individuel!
    La seule solution serait donc d’autoriser la vente de ces crédits et donc immédiatemment on arriverait à une solution où seuls les riches pourraient polluer, voyager etc…
    Les pauvres se retrouvant avec “virtuellement” de l’argent pour se développer mais plus aucun droit à polluer pour le faire.
    Un beau cercle vicieux!

  5. Mon hypothèse de base, c’est qu’il faut réduire, à l’échelle mondiale, nos émissions de GES et notre consommation de matières premières car le rythme actuel (alors que de nombreux pays ne sont pas développés) n’est pas soutenable et de très loin. Ca c’est l’hypothèse. La contestes-tu ?
    Si oui, le débat s’arrête là et je ne vois pas en quoi tu as compris quelque chose aux questions environnementales.
    Si non… quelle est ta solution ?
    Parce que dans ce que tu réponds, on a bien l’impression : qu’il faut laisser les pays en développement se développer (en pouvant polluer). Qu’il ne faut pas brider les plus riches (parce quand on est riche, on a besoin de polluer). Où est la solution ? quelles limites trouves-tu pour qui ? comment ?…

    [Sur les questions de la responsabilité historique, ce n'est pas moi qui l'invente parce que je "culpabilise" (et je développe pas la question de la repentance, parce que je risquerais de m'énerver)... c'est simplement la position diplomatique (protocole de kyoto notamment) de nombreux pays en développement, tels le Brésil. Et je crois que cette vision n'est pas dénuée de tout fondement.]

  6. Je sais que tu n’as pas inventé la responsabilité historique, je la conteste juste profondément dans le sens où elle est ontologiquement injuste (on ne condamne pas quelqu’un pour une faute qu’il a commis au moment où ça n’en était pas une).

    Je ne conteste pas le constat de base qui impose une réduction d’une part de notre pollution d’autre part de notre consommation de ressource.
    Mon blog et mon engagement politique vont d’ailleurs dans ce sens.

    Ce que je conteste fortement c’est la vision trop répandue dans les milieux écologistes selon laquelle croissance économique et développement durable ne sont pas compatibles tandis que je plaide pour une croissance économique écocompatible.

    Les mesures qu’il faut mettre en place, on pourrait en décliner des centaines!
    Fiscalité environnementale, énergies renouvelables, développement du transport en commun, construction/habitat etc…

    Il faut INVESTIR dans la lutte écologique. C’est au demeurant ce que conseillait le rapport Stern: 1% du PIB par an pour investir dans le développement durable.
    Et c’est grâce à cela que les pays développés vont pouvoir passer à une étape supérieure du développement. Créer de l’emploi, de l’innovation, de la richesse par le développement durable, c’est ça le vrai combat aujourd’hui!

    Pour les pays en développement, ils ont la chance de bénéficier de notre grande expérience et nous allons les aider par des transferts technologiques mais aussi en rendant leur développement plus efficace et plus rapide. Le nucléaire est un exemple probant qui peut permettre à un pays demandeur d’énergie d’en obtenir à un faible coût environnemental tout en récompensant l’innovation scientifique.

    Enfin il faut être extrêmement clair, on ne peut pas arriver à maîtriser notre empreinte écologique du jour au lendemain! C’est un processus long qui doit se compter en décennies et pas en mois!
    Il faudra bien deux mandats présidentiels pour mettre la france au rythme écologique et je suis satisfait de voir que ce premier mandat de Nicolas Sarkozy est particulièrement prometteur en l’espèce.
    De même l’accord entre la France et la Suède pour que leurs deux présidences consécutives de l’UE soient placées sous le signe du développement durable est un signe fort.
    Mais c’est certain nous devons voir à long terme, de manière progressive et pragmatique plutôt que de prôner des solutions radicales et innaplicables.

    Pour prendre ce virage, il faut éviter les coups de volant et plutôt l’aborder avec sérénité et sérieux.

  7. “Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font”. Jésus Christ

    La notion de reponsabilité historique, et de dette écologique des pays développés envers les PMA, n’est en rien liée à celle de culpabilité, ou de condamnation. Nous sommes responsables, mais pas coupables. Il n’y a rien d’absurde à rendre un pays responsable d’un fait même s’il “ne savait” le prélèvement qu’il effectuait sur les ressources futures de développement des autres pays.

    Les PMA ne veulent pas de nos excuses, ils veulent notre aide concrète pour les aider à se développer sans reproduire nos erreurs. Nous la leur devons, en raison de notre responsabilité même, mais aussi par simple bon sens.

    Qu’on répartise le fardeau entre Etats ou entre individus, la question est la même: suis-je, ou ne suis-je pas kantien? Si je le suis, alors je ne peux pas me permettre d’émettre plus d’1,8 tonnes de CO2 par an (sans compenser), car si tout le monde le fait, le réchauffement global sera intenable. En tant qu’européen, je dois donc réduire mes émissions de 75% en 40 ans. En tant que nigérian, je peux les doubler…en moyenne (les riches nigérians devront certainement les réduire aussi).

    La question de la justice écologique mondiale a de réel fondements éthiques et scientifiques. L’éthique infra et intergénérationelle.

  8. “Ce serait aussi absurde que de mettre quelqu’un en prison pour avoir fait quelque chose qui n’était pas interdit au moment où il l’a fait.”

    Moyennement convaincant. Car peut aboutir à des situations plus que contestables, bien qu’elle respectent la règle de droit… De là l’éternel débat autour du droit naturel et du droit positif…

    Problématique qui pourrait aussi s’appliquer en matière d’environnement!

    Cf Crim 17.06.2003: pas de rétroactivité de la loi pénale plus sévère: pas de condamnation Du Gal Aussarès pour des crimes contre l’humanité (avoués au demeurant)… Parce que l’incrimination n’existait pas avant 1994 (les crimes contre l’huma résultant du Statut du Tribunal de Nuremberg ne s’appliquant qu’aux actes commis pour le compte des pays de l’Axe)

  9. A googler :

    Kuznet’s curve (y a une énorme controverse autour d’ailleurs…et chaque tendance politique l’interprète à sa façon. Mais objectivement (dans sa part non controversée) elle rend cette phrase fausse “plus on est riche, plus le volume de pollution nécessaire à notre vie est fort”)

    Equité

    Economies d’échelle dans la production d’énergies renouvelables (ça doit pas se trouver trop facilement, l’idée globale étant par exemple pour le PV que plus on produit de panneaux, plus le prix de chaque panneau est petit, plus le prix de l’électricité décroit (vu qu’il a une lourde teneur en capital). le raisonnement allant vers : si on produit du PV pour des pays en voie de développement on réduit les émissions ET on rend cette électrcité moins cher pour nous aussi = cercle vertueux + profit à la clé!)

    Internalisation des prix de la pollution qui devrait rendre la non pollution meilleures à nos économies…

    efficacité (énergétique, mais aussi d’organisation des villes, d’isolation des maisons…)

    …et surement d’autres.

    Qq concepts que je voulais opposer à Clément, parce qu’il existe des voies de développement plus propres que celles que nous avons suivies (D’ailleurs c’est ce que demandent les Sud Africains!lol) et des moeurs hors de la surconsommation.

  10. Une longue absence donc de nombreuses réponses à apporter! Merci en tout cas d’avoir pris le temps de me lire et de me permettre d’approfondir certains points.

    * le “responsable mais pas coupable” empreinté à notre cher Fabius existe justement parce que médiatiquement et psychologiquement il est quasi-impossible de distinguer la notion de responsabilité de celle de culpabilité.
    Nier la responsabilité serait vain. Elle existe belle et bien. Ce que je conteste c’est la conclusion selon laquelle il est normal “que les pays développés sacrifient un peu leur croissance parce qu’après tout les pays en développement ont le droit de se développer et les autres n’avaient qu’à faire attention”. Ce discours est extremement présent et extremement dévastateur.
    Et je me permets de rappeller que si justement les thèses écologistes ont mis tellement de temps à être admises par les français c’est justement parce qu’on les a toujours abordé sous l’angle de la culpabilisation et de la morale.
    Soyons clair, les pays développés occidentaux n’ont rien fait de MAL! Il y a des conséquences imprévus et imprévisibles à l’époque qui perturbent le fonctionnement de toute la planète.
    Mais ces conséquences sont l’affaire de tous et pas uniquement des “responsables mais pas coupables”. C’est une évidence qui est rarement explicitée.
    Et je m’insurge profondément contre l’idée d’une “justice écologique mondiale”! La justice écologique ça concerne justement les atteintes illégales à l’environnement ce qui est complètement différent.

    * le débat sur le droit naturel et le droit positif pourrait nous prendre des heures. Simplement, en démocratie et avec un raisonnement démocratique, certaines règles fondamentales ne doivent pas souffrir d’exceptions: la non-rétroactivité des lois répressives en est une.
    L’explication est simple: le pré-supposé de notre justice est de dire que “nul n’est censé ignorer la loi”. La rétroactivité est justement un des cas où l’on peut démontrer que l’ignorance de la loi était légitime et légale. ça dépasse en fait donc largement le débat droit naturel/positif puisque la non-rétroactivité des lois répressives pourrait être vu comme justement une règle de droit naturel qui viserait à protéger contre les abus du droit positif…

    * Alors sur le point de Chris il faut que j’essaye d’être précis et de ne pas m’emmêler parce que je pense que nos points de vue ne sont pas éloignés.
    Ce que je voulais dire par “plus on est riche, plus le volume de pollution nécessaire à notre vie est fort” c’est simplement que vivre comme un français moyen pollue nécessairement plus que vivre comme un nigérien moyen. Et je vois mal comment on pourrait arguer du contraire.
    Maintenant je n’ai pas dit que “plus on s’enrichit, plus le volume de pollution augmente” je pense même le contraire. Je l’ai déjà dit mais la clé du problème écologique c’est la croissance économique et vice versa la clé de nos problèmes actuelles de croissance économique est l’ambition écologique.

    Ce que je veux dire c’est qu’à un niveau de vie donné, le notre par exemple, si l’on veut diminuer notre impact écologique on a grosso modo deux solutions:

    - diminuer notre niveau de vie (on aboutirait à un niveau de vie mondial moyen écologiquement compatible) : c’est impossible pour une raison simple c’est que ça signifierait renoncer à des acquis sociaux majeurs et pour ne citer qu’un exemple, ça voudrait dire interdire les vols Paris-New-York (3 T eq CO2 de mémoire) ou alors en appliquant des systèmes de compensation à TOUT, rendre la plupart du confort occidental un luxe réservé aux plus riches ce qui serait socialement inacceptable.

    - polluer moins pour un niveau de vie constant voire supérieur: c’est évidemment la solution préférable. Et là où je te rejoins Chris, c’est que pour moi, la seule et unique voie pour y parvenir c’est finalement de “s’enrichir” (au sens d’augmenter la croissance économique) par l’innovation technologique et la recherche. Donc oui, si l’on veut rester riche, et polluer moins, il faut booster la croissance.

    C’est d’ailleurs ce qu’expliquait NKM avec les courbes en cloche de l’OCDE qui prouveraient qu’au dela d’un certain seuil de PIB atteint, l’augmentation des polluants se stabilise, diminue et tend même à devenir négative. C’est par exemple déjà la cas dans nos sociétés occidentales pour la pollution au souffre.

  11. pourquoi tu soulignes tes points par des “là où je rejoins Chris” me faisant dire ce que je n’ai pas dit…

    “Et là où je te rejoins Chris, c’est que pour moi, la seule et unique voie pour y parvenir c’est finalement de “s’enrichir” (au sens d’augmenter la croissance économique) par l’innovation technologique et la recherche.” ça moi je rejoins pas du tout. Tant qu’on donne les moyens aux PED d’accroitre leur peak capacity grace à des renouvelables, je n’en ai cure de la croissance, mais en revanche j’explique à qqcn défendant l’approche market liberal que ça peut même avoir comme side effect un aspect profit. mais ce n’est dans mon optique ni nécessaire ni intrinsèque à l’entreprise d’un tel transfert de technologie.

    “polluer moins pour un niveau de vie constant voire supérieur” I said : ne pas polluer plus pour un niveau de vie supérieur.

    Enfin sur le premier point, un français moyen pourrait pour le même niveau de vie ne pas polluer plus qu’un nigérien, en redéfinissant ses priorités, ses préférences, l’allocation de son budget, son panier de biens…bref en termes strausskahnien ou pas, c’est clair, non? Faire un peu d’efforts quoi.

  12. Moi non plus je n’ai pas répondu depuis longtemps. J’aurais beaucoup de choses à dire, mais je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps, révisions obligent.

    D’abord, réctifier quelque chose qui m’exaspère. Clément, arrête de caricaturer.

    Les écologistes n’appellent pas et n’ont jamais appelé au “retour à la bougie” ; ce spectre a toujours été mis en avant par les opposants à la cause environnementale pour décrédibiliser les “écolos”. C’est insupportable d’entendre ca.

    N’ai pas dit quelque part plus haut, qu’il faut que les PED se développent mais sur un autre chemin que celui que nous avons suivi ? autrement dit, “couper” la courbe en cloche afin d’atteindre un niveau de vie meilleur sans passer par les étapes polluantes ? Cette idée n’est pas réservée à la droite, elle a été mise en avant il y a bien longtemps par les gens qui songeaient déjà à l’environnement…

    Ensuite, concernant la vision économique. Je n’ai pas beaucoup de connaissances sur les theories de la décroissance, mais ma vision est la suivante :
    -la décroissance est un mot provocant. Il ne signifie pas réduire le niveau de vie.
    -les indicateurs économiques sont des constructions humaines ; on peut très bien modifier les composantes du PIB afin de montrer que la croissance économique est toujours présente, sans qu’elle repose sur la consommation des ménages (ou la consommation matérielle en générale).
    -je crois que le terme “développement durable” est plus passe-partout, plus consensuel. C’est celui que j’adopte. Mais sur le fond, DD et décroissance visent aux mêmes objectifs : avoir un fonctionnement socio-économique compatible avec l’environnement.

    Les discussions sur la sémantique, qui visent à discréditer certains, ca m’énerve, ca n’apporte rien au fond du sujet.

    Quant au reste. Les idées que j’émettais originellement ne visaient pas à s’appliquer dans “10 ans”, mais plutot dans 50 voire plus ! Elles ne règlent pas les problèmes à moyen terme. Mais par contre elles visent à donner une structure de long terme, une logique, un objectif que le monde devrait se fixer. Je crois cela absolument essentiel, afin que le DD soit une dynamique positive, un espoir et non une contrainte (et tu vois, Clément, y a pas que la droite qui voit ca comme ca).

    Quant aux objectifs de courts/moyens termes, les deux alternatives que tu proposes Clément, je ne les comprends pas vraiment :
    -”diminuer notre niveau de vie”: ca veut dire quoi pour toi ? retour à la bougie ? Le “niveau de vie” est une notion bien relative…
    -”polluer moins pour un niveau de vie constant voire supérieur” : ah ! bien ! tu as la solution ! Merci ! j’y avais pas pensé… j’ai vraiment l’impression d’être pris pour un con des fois. Mais un détail : on fait comment ?

    Pour moi la solution passe par un mélange des deux idées : oui, il y a des choses qu’on ne pourra plus faire, tel prendre l’avion pour les vacances, ou prendre l’avion pour faire du shopping, ou pour 3 jours à NY. Ca c’est une aberration écologique, et qui, si on la remet en question au moins en partie, ne destabilisera pas les équilibres socio-économiques fondamentaux. Par contre, il faut profiter des nouvelles technologies de la communication, afin de substituer la moindre possibilité de transport : rentre les choses accessibles à distances (tout n’est pas possible, mais on peut déjà faire pas mal). Par exemple.

    Mais là encore, il faut faire attention. Non toutes les solutions ne viendront pas des sciences et technologies… regardons juste derrière nout : qu’est ce qui est à l’origine du réchauffement ? ben les sciences et technologies, puis leur utilisation par l’économie. Il faut arrêter la course effrénée à la technologie, sauveuse du monde. Si on ne prend pas le temps de réflechir, d’envisager, d’imagine pour décider et surveiller (principe de précaution), on court à la catastrophe (par exemple le nuclaire… quelle connerie à tout point de vue !).

    Quant à l’histoire de la responsabilité historique, si jamais un jour tu es aux affaires dans la diplomatie, tu iras expliquer au Brésil et autres PED, PMA que les efforts doivent être partagés à égalité entre tous, parce qu’on “ne savait pas” ; je suis sûr qu’ils apprécieront et que le monde sera parfaitement uni pour lutter contre les problèmes environnementaux… Effectivement les pays occidentaux n’ont rien fait de “mal” (parce qu’on n’en avait pas conscience). D’accord, mais ce qu’on a fait et qui est à l’origine de cette catastrophe est aussi ce qui nous a donné toute la puissance économique actuelle : on a le pouvoir économique, les moyens, l’argent que les autres n’ont pas. Comme il y a un lien direct entre les deux (pouroivr éco/réchauffement climatique), je trouve normal que nous fassions plus d’efforts que les autres (surtout que nous continuons d’emettre plus à l’heure actuelle…. alors que nous savons maintenant) !

    Je considère comme très dangereuse pour l’environnement ta position qui n’est que “de principe” et qui est très loin d’être “pragmatique” (pour peu qu’on soit sincère dans la volonté de faire qqch pour l’environnement). (et puis concernant la “non rétroactivité des lois”, tout à fait d’accord avec toi. Sauf qu’il n’y a pas de loi, dans le cas présent… alors…)

  13. [...] C’est ce à quoi servent les certificats d’économies d’énergie (CEE) que la France met actuellement en place comme l’ont fait d’autres pays. C’est une alliance du dirigisme étatique et du libéralisme de marché. Certaines entreprises sont contraintes à faire faire des économies à leurs clients (des objectifs chiffrés leurs sont assignés en fonction de leur taille, de la situation géographique etc.) et elles reçoivent un certificat pour chaque économie réalisée (réception du certificat a posteriori, pour garantir l’efficacité environnementale du système). Ensuite, les entreprises peuvent se vendre les certificats mutuellement : ainsi, une valeur environnementale est transformées en valeur économique. Plus une entreprise fait faire des économies à ses clients, plus elle peut vendre de certificats à ses concurrents… qui eux sont pénalisés s’ils ne mettent pas en place une démarche similaire(ils sont obligés d’acheter des certificats). Ce dispositif est tout à fait similaire au système européens des permis d’émission (voir sur ce sujet l’article de Jonathan Morice et ma réponse). [...]


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